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Les greniers publics

C’est en 1856 sous la municipalité d’Alfred MOREL qu’on décide une fois pour toute d’établir les greniers publics à l’emplacement actuel place du 4 Septembre, (autrefois place des Capucins ou place du Marché aux bêtes).

Un bâtiment existait déjà à cet endroit et servait même de halles aux grains, mais il était sous-dimensionné par rapport aux quantités à stocker : de par sa position géographique et son activité agricole, Pertuis était une place de premier ordre dans le commerce des grains. Il faut le démolir en partie et l’agrandir. En octobre 1856, les travaux de reconstruction des greniers à blé sont confiés à Antoine BONNAUD seul maçon à avoir fait une offre. Participeront aussi au chantier : Messieurs CHAFFARD et BEDOS, Ingénieurs /Architectes, Joseph BARRAL, menuisier.

Le projet retenu est assez insolite avec sa façade aux colonnes monumentales d’ordre toscan.

A noter :

  • les greniers sont un bâtiment d'angle, toute la difficulté réside dans le traitement des façades sur rues et leur hiérarchie. Le dessin des façades est clair : la façade principale donne sur la place côté Est, elle reçoit les colonnes monumentales ;
  • c'est un bâtiment de style néoclassique, on retrouve donc les codes de l'architecture antique :
    • un portique de 4 colonnes et 2 pilastres, laissant ainsi un vide au centre de la façade qui marque l'entrée. Une seconde entrée était aussi placée sur la façade Sud, côté rue de Croze, pour faciliter le chargement des charrettes ;
    • la façade est en retrait de la colonnade, on appelle cet entre-deux un pronaos chez les Grecs.
    • les étages supérieurs, à l'alignement de la colonnade, forment l'entablement du "temple". Toutefois, les canons grecs sont réinterprétés. L'architecte prend la liberté de ne pas proposer le fronton que reçoit le temple habituellement. On le retrouve.... sur la façade Sud.
    • Le pilastre se retourne pour marquer l'angle et initie la même composition.
  • La façade Sud est, elle aussi, intéressante. Située face à un axe très passant, elle est plus haute, plus large que la façade principale.
    • Horizontalement, les ouvertures se substituent aux colonnes pour reprendre le même rythme. Quid du pilastre à l'angle Ouest ?
    • Verticalement, les corniches poursuivent les différents éléments (architrave, frise, corniche...) développés sur la façade principale.
    • Enfin, on trouve le fronton, absent de la façade principale, qui couronne cette façade Sud. Il aurait dû être beaucoup plus décoré : des travaux supplémentaires parlaient de deux cornes d’abondance qui devaient y être sculptées en relief.
  • Le mémoire technique nous indique que certains des matériaux provenaient de Pertuis : la chaux, les pierres de taille des façades Sud et Ouest, le sable de l’Eze ou de Durance, les briques…

Les travaux sont achevés en 1857 sous le mandat de M. DIEULOUFET, comme l’atteste la plaque apposée à gauche sous le porche.

Au 19ème siècle, s’y trouvaient également les bureaux de l’Octroi.
Cette ancienne taxe apparue au Moyen Age était une contribution indirecte perçue par les municipalités à l’entrée des marchandises dans la ville : elle frappait le vin, l’huile, le sucre ou le café, mais aussi la viande, les bestiaux etc…
Supprimé et rétabli à plusieurs reprises au niveau national, l’octroi subsiste jusqu’en 1943.

Une affaire de longue date

La problématique des greniers publics est apparue plus de cent ans auparavant !

Des particuliers ayant négocié de manière « odieuse et contraire à l’intérêt public » la vente de leurs grains, un arrêt du Parlement de Provence du 13 juin 1729 ordonne à la Communauté de Pertuis de construire le plus tôt possible des greniers publics. Cet arrêt impose également de désigner un receveur et un contrôleur et de tenir un fidèle registre des vendeurs et des acheteurs afin d’éviter tout commerce illégal. Il est défendu à toute personne de faire transporter son grain ailleurs qu’à la place du Marché, halles ou greniers publics sous peine de confiscation et d’amende !

Mais la Communauté n’est pas en état, financièrement, de faire construire ce bâtiment public. Elle tente alors de louer des greniers dans différentes maisons de la ville, les difficultés s’accumulent : dépenses excessives liées au « droit d’entepôt », accidents survenus par rapport à la résistance des planchers…

Un autre projet resté dans les tiroirs

Les années passent et le problème des greniers publics perdure, quand en 1774, la Communauté propose enfin un nouveau et beau projet.
L’architecte aixois Roulier en a dessiné les plans. Mais l’administration de la province fera échouer ce projet jugé trop onéreux.

Fonctionnement des greniers à blé :

Les cultivateurs louaient des cases ou « uri » pour entreposer leurs récoltes de grains.

Le blé pour la semence était passé au tarare, machine permettant de séparer le grain des autres résidus ou impuretés.

A la fin du 19ème siècle, Louis MAURIN était le gérant de ces greniers. Le livre de comptes qu’il a tenu (pour la période 1871-1878) a été donné aux Archives de la Ville par son arrière-petit-fils, Michel MAURIN.

C’est notamment à partir de ce document que nous avons essayé d’éclaircir le fonctionnement de ce bâtiment.

Ce registre mentionne d’une part, les noms des différentes personnes qui avaient un compte aux greniers à blé, comme Messieurs :

LAZARRE, SIGNORET, VERDILLON, MEIL, CAST, REYNOIRD, MAURIN, ROCHE, BRISSAC, GELUS, DAUMAS ou encore MOUTONNET, pour n’en citer que quelques uns !

Mais il y avait aussi des femmes, comme Marie la Savoyarde, Caroline, Victorine…
On trouve d’ailleurs inscrit : « Journée des femmes du mois d’octobre »

D’autre part, il détaille mensuellement les allées et venues des charrettes transportant des grains, semences ou comestibles, portés aux greniers et inversement, partis vers la gare, vers le moulin, ou vers un autre village voisin (Villelaure ou Mirabeau).

En face de chaque nom figurait le poids ou charge des marchandises transportées. Le prix n’était pas toujours indiqué.

On trouve notamment inscrit dans le registre, des denrées comme :

  • Blé
  • Avoine
  • Pommes de terre
  • Balles de farine
  • Haricots
  • Semoule
  • Tourteaux (masse compacte de résidus de graines qui servait de nourriture au bétail)
  • Vermicelle (pâte alimentaire non fermentée appelée ainsi parce qu’on lui a donné la forme de vers)

Les hommes chargés de porter ou décharger toutes ces denrées étaient appelés des portefaix.
Aux greniers publics de Pertuis officiaient Louis MAURIN, Savournin MAURIN et REYNAUD Cadet.

Exemple tiré de ce registre : Compte de Baral - pommes de terre

Mois de décembre 1871

Le 3 chargé pomme de terre de Verdillon          5750
Le 3 chargé à Robert 9 sacs                             669
Le 9 chargé pomme de terre de Gallian              8700
Le 18 déchargé comestibles                             4
Le 24 déchargé tourteaux     4500                   2,25

Le bâtiment des Greniers a eu plusieurs vocations :

  • Délibération du 7 septembre 1901 : création d’une foire au vin et d’un marché hebdomadaire des truffes, au rez-de-chaussée.
  • Après la constitution de la coopérative et la construction du silo à blé en 1936, les greniers perdent peu à peu de leur importance. Mais les agriculteurs continuent à entreposer des récoltes jusqu’au projet d’aménagement d’un internat en 1961.
  • 31 mars 1950 : les bureaux du Commissariat de police s’installent au rez-de-chaussée. Leur accès passait par la seconde porte du bâtiment, sur la façade Sud, rue de la Dévalade. En 1978, le commissariat est déplacé sur le Cours de la République.
  • Eté 1961 : la municipalité vote l’aménagement d’un internat provisoire de 65 places en attendant la construction d’un nouvel établissement groupé : lycée avec collège d’enseignement général et collège d’enseignement technique. L’inauguration a lieu le 4 mai 1962. Mme MEYNARD Conseillère municipale était Directrice de l’établissement.

Les élèves qui le fréquentaient l’ont baptisé « La Volière ». (42 filles et 24 garçons fin 1968)

Il était constitué comme suit :

A droite en entrant : le réfectoire puis à la suite la cuisine.
Au bas de l’escalier : l’accueil.
Au 1er étage : les dortoirs des filles avec une salle d’étude et les sanitaires.
Au 2ème étage : les dortoirs des garçons, avec également la salle d’étude et les sanitaires.

Le personnel était composé d’enseignants, de surveillants, de cuisinières et de femmes de service.

Les élèves venaient des villages voisins, mais surtout des Bouches-du-Rhône (environ 40 élèves). A l’époque, le ramassage scolaire n’était pas très développé.

Pour l’anecdote, des jeunes venus d’Allemagne pour aider à la construction du Temple rue Marceau, ont été hébergés durant l’été 1967 dans l’internat.

Cependant la commune de Peyrolles ayant fait construire un CES pour la rentrée 1969, les élèves issus des Bouches-du-Rhône ne seraient plus venus. L’utilité de l’internat ne se justifiant guère pour les pensionnaires des alentours de Pertuis qui bénéficiaient d’un bus de ramassage, le Conseil municipal décida de sa fermeture. Elle deviendra effective au 1er juillet 1969.

Les locaux de l’internat étant désormais disponibles, la municipalité décida de les attribuer à des services administratifs, municipaux ou des associations, citons entre autres :

  • vers 1975 le Bureau d’Aide Sociale (par la suite Centre Communal d’Action Sociale) viendra s’installer au 1er étage puis au rez-de-chaussée jusqu’en 2009 ;
  • les Archives de la Ville de 1981 à 2020, ont peu à peu occupé tout le 1er étage ;
  • dès 1977-1978 le greffe permanent du Tribunal d’Instance occupe quelques bureaux et bénéficie d’une petite salle d’audience au 2ème étage. Depuis janvier 2010, suite à la réforme de la carte judiciaire et la suppression du tribunal d’Apt, les bureaux du greffe et la salle d’audience ont été transférés au rez-de-chaussée.
  • La Maison de la Citoyenneté a emménagé au second depuis 2009.